La fin de l'année approche et l'expérience avec la classe
tweeteuse va prendre fin aussi. Twitter permettra peut-être qu'on
garde un lien mais ne servira plus scolairement.
La question se pose : et l'année
prochaine? Est ce que je poursuis l'initiative avec une autre
classe?
Le projet est né de cette classe:
c'est parce que ce groupe était motivé, dynamique, parce qu'une
relation de confiance s'est instaurée avec ces élèves que
l'expérience s'est montée. Je l'ai dit plusieurs fois sur ce blog:
Twitter en classe est un facteur identitaire fort pour ce
groupe-classe.
Alors pourquoi poursuivre? Un
projet, une classe. Nous avons vécu cette expérience ensemble, je
les ai totalement associés. Si c'est identitaire pour eux,
ça l'est aussi pour moi.
Difficile dans cet état d'esprit de
reproduire l'expérience avec une autre classe.
Il y a peut-être un certain phénomène de « lassitude »,
l'idée que j'ai pu faire le tour de toutes les possibilités
associées à Twitter en classe.
Et
pourtant, je me suis décidée aujourd'hui à continuer. Et pour
plusieurs raisons:
-
Sur une réflexion de mes élèves
tweeteurs avec qui j'échangeais sur le sujet:
« c'est dommage, maintenant qu'on maîtrise bien de
ne plus avoir de temps pour continuer à utiliser
Twitter ». J'ai aimé leur déception: si je
regrette de ne pas pouvoir poursuivre avec eux, c'est partagé. Nous
continuons à explorer des applications en classe et hors classe de
Twitter.
Des
applications:
Hors
classe: ils ont découvert le live-tweet. J'ai
encouragé les élèves fans de foot à tweeter lors de la demi-finale
de la ligue des champions Lyon-Bayern. A priori, rien de
pédagogique dans la démarche mais on reste dans la production
d'écrit, ils respectent la langue, la syntaxe sur un temps privé de
loisir, ils échangent, mutualisent. Leur écrit est valorisé. Qu'il
s'agisse de foot ou de littérature, l'élève écrit et prend soin de
son écrit. La démarche pour un élève de lycée professionnel qui a
toujours eu un difficile rapport à l'écriture n'est pas
anodine.
En classe:
la séance associant le procèsss Seznec et Twitter [voir post
précédent ] a été une vraie réussite et Twitter a été au
cœur de cette réussite. Je l'ai vécu maintes fois:
montrer un document audiovisuel à une classe (film,pièce de
théâtre, émission...) peut être totalement improductif si l'élève
n'est pas captivé. Et l'adolescent se captive le plus souvent pour
le film récent, grand public, le documentaire
« sensationnel » tirant plus sur Envoyé spécial que sur
« un œil sur la planète ». Le procès Seznec se
serait, sans Twitter, classé dans le « peu captivant »,
en aurait endormi la moitié, aurait provoqué les bavardages de
l'autre moitié. Le digital native baigne dans une
consommation outrancière d'images qu'il parcourt sans analyser ni
même parfois comprendre. En leur demandant de tweeter au
fur et à mesure du procès (j'ai suspendu le vision nage
régulièrement à leur demande pour qu'ils puissent tweeter sans pour
autant perdre le fil du procès), l'élève est devenu acteur, a
interagi, a pris en compte les avis des autres élèves, a cherché à
convaincre.
2. Sur une réflexion de mon autre
classe...celle qui ne tweete pas: « madame on vous
a vu dans le journal avec les terms. C'est quoi Twitter et vous
faites quoi avec? Et il paraît qu'ils utilisent même leur téléphone
en cours? Et nous on pourrait? «
Pour les dernières heures de cours
avec cette classe avant qu'ils ne partent en stage, j'avais prévu
un autre cours. Mais je l'ai abandonné face à leurs questions, leur
curiosité, leur enthousiasme. Parce que ce sont les qualités
premières que je demande à un élève, avec une classe.
Pour
présenter la classe: c'est une section Logistique à
majorité masculine. C'est la première génération de bac pro en 3
ans . C'est la 2ème année que j'enseigne à cette classe et je
continuerai à la rentrée. Ce temps long partagé permet de mettre en
place une vraie pédagogie constructive. Les élèves sont jeunes,
assez peu matures: s'ils ont l'âge des anciens terminale BEP, ils
vont pourtant rentrer en terminale bac pro. Le cursus a été
raccourci et c'est un vrai problème. L'élève de lycée professionnel
pour reprendre confiance en sa scolarité, pour poser des bases
enfin solides avait besoin de ces 4 ans. Aujourd'hui nous devons
apprendre, redéfinir et atteindre les mêmes objectifs sur 3 ans.
Ajoutons que les élèves ne redoublent quasiment plus au collège:
ils nous arrivent donc de plus en plus jeunes. La difficile
orientation le plus souvent subie en fin de collège achève le
portrait: l'élève arrive en seconde professionnelle dépité,
démotivé, jeune. Cette classe de Logistique avait ce profil: des 24
élèves inscrits en entrant en seconde, ils ne sont plus que 17.
Nous avons eu à gérer de lourds problèmes de discipline,
d'absentéisme chronique, de démotivation.
Mais 17 élèves sympathiques et enthousiastes pour tout ce qu'on
leur propose dès lors que nous sortons du cadre
« traditionnel ». Nous travaillons souvent sur poste
informatique pour des recherches, des productions d'écrit et
beaucoup aussi sur l'image animée: bandes annonces, films (ils sont
inscrits au programme lycéens et cinéma) , photographies. Toute
cette année, j'ai comparé mes cours avec eux et avec la classe
tweeteuse. Plusieurs fois j'ai regretté de ne pas utiliser le même
outil avec eux pour interagir sur leurs productions et susciter
plus d'intérêt.
En leur expliquant
aujourd'hui comment j'utilisais Twitter en classe, j'ai vu, écouté
leur enthousiasme, leur intérêt et voilà ce qui m'a définitivement
persuadé de poursuivre l'utilisation de twitter en
classe.
... Parce que je
pense que l'outil par son caractère inédit, ludique et original
correspondra aux attentes de la classe
...Parce qu'ils sont demandeurs
d'éducation aux médias du net
...Parce qu'ils sont intéressés,
enthousiastes et curieux
...Parce qu'ils seront en voyage
pédagogique aux Baléares en octobre et twitter sera un très bon
moyen de communication
...Parce qu'ils m'ont clairement
indiqué le besoin de plus de suivi, d'une aide individualisée
...Parce que je leur ai lancé un
vrai défi: utiliser Twitter en classe et hors classe, c'est leur
faire confiance, leur demander un respect strict de leurs devoirs
mais leur prouver qu'ils ont aussi des droits de citoyen
« pré-adulte »
...Parce que le public est moins
« acquis »: plus immature, plus à cadrer, plus de dérives
possibles. Et ce sera ainsi un bon
test pour moi: peut-on adapter twitter en classe à tous les
publics?
J'ai testé Twitter sur une
classe avec qui je savais que ça avait 99% de chances de
fonctionner. A partir de ce mois de mai et pour l'année à venir, je
vais tester sur un autre public: enthousiaste certes mais plus
difficile à cadrer.
Nous nous sommes donc lancés sur deux
heures aujourd'hui à la découverte de Twitter, à la
création de leurs comptes, à l'explication basique du
fonctionnement. Deux élèves connaissaient déjà l'outil, avaient
déjà des comptes et ont pu me relayer dans ces premiers
apprentissages. Initiation augmentée par leur professeur de
maths-sciences, Christelle Abed-Méraïm, déjà enseignante-tweeteuse
convaincue avec la 1ère classe tweeteuse. Deux autres enseignantes
de la classe ont déjà, elles aussi, un compte Twitter. Le
réseau est donc plus facile à mettre en place. C'est le
premier point positif constaté. Il a par contre fallu que je cadre
rapidement les premiers débordements: ne pas utiliser Twitter comme
un service de tchat personnel, adapter son langage etc. Séance donc
constructive...bien qu'épuisante !
Vous
pouvez suivre les premiers pas de cette deuxième classe tweeteuse
via le compte que j'ai crée spécialement : @derniereannee2 et via
leurs enseignants:
-
maths/sciences @mathfacile
-
logistique : @joellebernard
-
lettres-espagnol : @profespagnol
Ils
vont avoir presque 4 mois pour appréhender l'outil : période de
stage, certification intermédiaire, inscription en terminale et
vacances. A voir comment et s'ils vont l'utiliser.
To be continued... !
A
lire :
L'article paru dans l'Express lundi (merci @flavienhamon) :
http://www.lexpress.fr/actualite/high-tech/revisez-votre-bac-avec-twitter_889183.html
L'entretien accordé à @lemanuelnumerique sur l'expérience de
Twitter en classe :
http://lemanuelnumerique.fr/2010/05/twitter-en-classe-interview-de-laurence-juin/