Le réseau social du net: outil auservice de la pédagogie?
A travers l'expérimentation d'un réseau social du Net ( Twitter) dans une classe de terminale, quelles pratiques peut-on construire avec un tel outil et quelle analyse peut-on tirer de la place que peut prendre ces outils dans la pédagogie et dans les TICE?
La pratique des TICE dans la pédagogie s'est développée consécutive au Web 1.0 . L'enseignant amène l'apprenant à consulter, à s'approprier, à traiter les informations acquises sur le Net. L'avènement du Web 2.0 a permis d'autres usages du Net dans la pédagogie. Le blog a été une des premières applications fortement relayée dans les pratiques en classe. Mais l'élève aujourd'hui a délaissé le blog pour les réseaux sociaux.
Comme le blog, les enseignants peuvent-ils intégrer l'usage des réseaux sociaux du Net dans leur pédagogie ? Sous quelles formes? Quels sont les leviers et les freins de ce nouvel outil du Web 2.0 dans la pédagogie?
Enclenchée il y a un an avec une classe de terminale bac pro, l'expérience que je mène avec l'usage le réseau social permet d'établir un premier bilan sur la pertinence de telles pratiques
1. Présentation de l'outil et genèse d'une expérimentation
1.1. Twitter: un service de micro-blogging
Twitter est un service web de micro-blogging avec des fonctionnalités de réseau social.
Il existe depuis 2006 mais a pris vraiment de l'ampleur depuis 2008 lors, entre autres, de l'élection de B. Obama ou des élections en Iran. Twitter permet comme les statuts Messenger ou Facebook d'indiquer son activité du moment, ses envies sur une page en répondant à la question toute simple « quoi de neuf?»
La spécificité de Twitter et sa force est qu'il permet d' envoyer
des messages de 140 caractères maximum: des « tweets ».
Il permet des messages plus courts, simplifiés, qui peuvent être
lus plus rapidement mais qui sont complets car renvoient à des
liens si on le souhaite. A la différence de Facebook ou d'un blog,
il n'y a pas de commentaires sur le message rédigé.
Twitter est un réseau, une tribune de notre propre activité et permet de suivre en temps réel l'activité de différents cercles : les plus proches comme les plus éloignés: amis, réseaux professionnels, sites d'informations, réaux de veille internet etc.
Se crée ainsi au fur et à mesure un réseau de personnes qui suivent l'activité du compte: les « abonnés» et ceux que le compte choisit de suivre: les « abonnements ». Twitter est une interface publique: les productions de tweets sont donc visibles.
Twitter est un réseau social utilisé en majorité par les 30/40 ans: il est encore peu connu et encore moins utilisé parmi les adolescents. Cette pratique est pourtant en évolution: Twitter est de plus en plus médiatisé, les apprenants sont déjà familiarisés avec l'outil sans pour l'avoir pour autant pratiqué.
La création d'un compte est simple et demande uniquement une adresse mail valide. L'inscription et l'usage sont faciles d'accès. Les codes de communication spécifiques à ce réseau demandent une courte formation que l'apprenant maîtrise rapidement .
Tutoriel pour une utilisation basique de Twitter (1) :
1.2. Retour d'expérience Twitter: genèse d'une expérience pédagogique
La cible d'expérimentation de l'usage du micro-blogging dans un cadre scolaire est un public adolescent et lycéen entre 17 et 20 ans en lycée professionnel. Les apprenants sont des« digital natives » qui ont fait depuis environ 2 ans des réseaux sociaux leur usage principal du Web et du Web 2.0. Le premier et quasiment unique réseau unique qu'ils utilisent est Facebook.
Dans cette expérimentation, le choix du réseau social à utiliser de façon pédagogique s'est porté sur Twitter.
Pourquoi Twitter et pas Facebook ? La
question a été récurrente.
Pourquoi initier des élèves à un réseau social du net qu'ils
n'utilisent ni ne connaissent même pas? Intégrer Facebook aurait
été plus évident que le public est très familier de ce réseau et
estime le maîtriser parfaitement. Aucune initiation n'aurait été
nécessaire, l'adoption immédiate de l'élève. La communication
aurait été immédiate et efficace. Le choix s'est pourtant porté sur
Twitter et ce pour plusieurs raisons:
Les élèves en très grande majorité ont un compte Facebook. C'est leur part de vie privée. Le statut d'enseignant ne donne pas accès à cette sphère, elle ne le concerne pas. Y pénétrer c'est faire perdre en partie à l'adolescent son statut d'élève et l'adulte une partie de son statut enseignant. Si l'enseignant a accès à la sphère privée de l'élève, celui-ci peut revendiquer de la même façon un accès à la sphère privée de l'enseignant !
L'usage semblant cohérent si l'enseignant veut utiliser ce réseau social avec ses élèves pour une application strictement pédagogique, serait de créer des comptes strictement «professionnels » enseignant et élèves. L'adhésion des élèves sera peut-être dans ce cas plus difficile car ils s'identifient fortement à leur compte Facebook privé
Utiliser Twitter permet ainsi d'entrer sur le terrain encore vierge d'un réseau social. Cette initiation pose les règles sans interférences. Les élèves utilisent beaucoup le net et Facebook mais sans jamais y avoir été éduqués. Leur usage de Facebook peut être perverti de ces non-règles qui sont devenus des vrais codes de conduite et de communication: les profils ne sont pas protégés, leurs données personnelles sont accessibles à tous, ils postent des photos d'autres personnes sans autorisation préalable etc.
Les initier à un réseau social inconnu, c'est aussi les éduquer à un usage citoyen d'un réseau social: mettre en place des règles, à construire avec eux une réflexion sur leur identité numérique. Au fur et à mesure de cette éducation civique du net, j'ai vu leurs profils facebook se modifier, les élèves apprendre à mieux se protéger ou au moins à réfléchir aux informations qu'ils diffusent. Eduquer les élèves à Twitter c'est apprendre aux élèves à réfélchir à leurs usages de Facebook.
Le terme « amis » sur Facebook semble inapproprié à un usage pédagogique. L'enseignant n'est pas l' « ami » de ses élèves. Le terme abonnés/abonnements sur Twitter convient mieux.
Facebook apparaît comme un réseau « fermé »: on devient « amis » avec des personnes que l'on connaît a priori. L'abonnement sur Twitter est plus ouvert: ce n'est pas la personne qui est ciblée mais bien ce qu'elle publie sur son mur (exceptions faites à toutes les personnes célèbres: stars, hommes politiques, sportifs). C'est ainsi que le compte classe @laderniereannee a 300 abonnés: non pas pour l'enseignante qui publie mais bien pour ce qu'elle tweete à mes élèves.
Il n'est pas question pour autant de stigmatiser auprès des apprenants le « gentil twitter contre le méchant Facebook ». La valorisation de leurs usages de facebook est possible mais à distinguer de l'usage de Twitter qui sera un réseau d'utilisation strictement pédagogique pour le groupe-classe et la communauté éducative. Les règles d'usage sont clairement énoncées dans la charte d'utilisation : ce n'est pas un tchat, ni un théâtre de discussions à caractère privé. Les communications sont moins formelles qu'en classe mais gardent toujours une vocation pédagogique, communautaire (« je » m'adresse de fait à tous mes abonnés) et avec des codes de communications stricts (2)
2. Leviers pour l'apprenant
2.1. L'élève au centre de ses apprentissages
Twitter favorise la production d'écrit. Le support est atypique, l'élève ne se pose pas en situation classique de production d'écrit. Le support est attractif, apparaît ludique.
Journal de l'expérience : Inciter l'élève à produire de l'écrit de façon ludique et hors temps scolaire (3)
Le « live-tweet » est une pratique courante et appréciée sur Twitter: lors de la retransmission d'un évènement sportif, d'un divertissement, d'un reportage ou toute autre émission, ceux qui la regardent, tweetent des commentaires. L'intérêt est de partager, de mettre en commun avis, remarques avec pertinence et le plus souvent humour. L'intérêt est aussi pour celui qui ne peut pas suivre l'évènement d' avoir, par le fil des tweets, une idée précise de l'évènement.
Voilà plusieurs matchs, bien avant la coupe du monde, que mes élèves live-tweetent. Ils sont 5 ou 6 garçons et filles ces soirs là à écrire leurs commentaires. Ils cherchent, définissent le hashtag de rigueur et se lancent pour 90 mn de tweets.
Au delà de ce qu'ils estiment être un divertissement devant un match de foot (et ça l'est aussi), j'y vois:
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multiples micro-productions d'écrits hors temps de classe
-
une attention constante à l'orthographe, la syntaxe, le niveau de langue (même pour un match de foot!)
-
une prise de notes active: l'élève ne se pose pas en consommateur d'images
-
une mutualisation, un partage d'informations entre élèves qui regardent le même évènement
-
un exercice « journalistique » que les autres élèves peuvent lire sans regarder pour autant le match
-
Une mise en valeur de leurs écrits que je retweete régulièrement aux 300 abonnés de @laderniereannee
-
une prise de parole pour certains élèves timides qui n'interviennent jamais à l'oral en classe
L'élève s'approprie facilement cet espace d'écriture l'imaginant plus libre, moins restrictif qu'un support classique (copie, tableau..). L'espace est pourtant balisé de règles strictes. Le support prend dès lors son importance: l'élève produit un écrit, respecte les règles mais rompt avec un contexte strictement scolaire.
La limitation à 140 caractères doit être un atout: l'élève apprend à écrire de façon concise, organisée, réfléchie tant dans le fond que dans la forme. La recherche du mot clef permet la transmission de l'information telle que l'impose le réseau social et globalement la société actuelle. L'apprentissage de la prise de notes (lorsque l'élève tweete en classe) est accru: rapidité, efficacité, lisibilité de l'écrit.
Puisque média public, Twitter incite l'élève à perfectionner son orthographe, sa syntaxe et son expression. Il est amené à reprendre et corriger ses tweets quand nécessaire. L'élève n'écrit pas pour lui ou "uniquement" pour l'enseignant. Il sait être lu par tout son réseau qui peut être élargi bien au delà du groupe-classe ou de l'équipe pédagogique par le jeu des abonnements ou des RT.
Twitter place l'élève dans un contexte différent de communication: Qu'il soit synchrone ou asynchrone, en classe ou hors temps de classe, l'usage de Twitter permet d'activer un canal de communication pour les élèves qui n'osent ou peuvent s'exprimer à l'oral dans le contexte du groupe classe. L'élève s'exprime plus facilement via un média qu'il pose à la frontière de l'oral et de l'écrit, qui lui convient par la brièveté (140 caractères) imposée, et qui lui est familier dans le fonctionnement (associable à Facebook).
Jounal de l'expérience : lorsque l'apprenant est en stage en rupture totale avec l'espace scolaire (4)
Mes élèves tweeteurs sont toujours en
immersion professionnelle. La majorité des élèves tweetent
régulièrement ou au moins consultent leur TL. Le fil Twitter
s'avère très utile compte tenu du contexte : les élèves sont en
stage pour 5 semaines. Coupure longue à ajouter à 2 semaines
de vacances consécutives. Pendant cette période, ils doivent
finaliser leurs vœux d'orientation post-bac. Sur un temps de
classe classique, nous avons à répondre à leurs questions, leurs
doutes sur ces questions délicates et complexes d'orientation :
poursuite d'études ou non, quel BTS, dans quelles conditions,
quelle alternance, comment trouver un patron, quel concours, quel
dossier de bourse...etc.
Sans Twitter, l'élève aurait à gérer tout ce questionnement seul
isolé du lycée car sur son lieu de stage. La période de formation
en entreprise entre l'élève et le lycée/équipe pédagogique induit
habituellement une coupure totale.
La fréquence de leurs questions sur leur orientation via Twitter
met à jour un manquement: la coupure totale lycée-stage nuit à
l'élève et l'équipe éducative ne répond pas à des besoins
essentiels de l'élève. En gardant un lien lors de cette période,
nous sommes en capacité de répondre aux questions de l'élève.
L'accompagnement de l'élève est dès lors plus complet. Il ne
s'agit pas d'assister l'élève. Je suis une fervente partisane de
l'autonomisation de l'élève. Ce n'est pas l'enseignant qui assiste
l'élève lors de sa période de formation en entreprise.
C'est l'élève qui fait la démarche de solliciter l'enseignant
et l'enseignant qui estime s'il y a à lui répondre.
L'élève (surtout en terminale bac pro) doit être autonome, doit
savoir identifier ses besoins et trouver un moyen d'avoir des
solutions aux problèmes qu'il rencontre.
Twitter place l'élève au centre de son apprentissage: L'enseignant n'est plus le seul à apporter matière au cours: L'élève devient acteur en apportant lui aussi de la matière au cours et en interagissant sur les savoirs, sur les compétences.
Journal de l'expérience et témoignages élèves (5)
« bonsoir à tous. J'ai passé mon oral cet aprem. Pour ceux qui vont le passer, je vous conseille de bien/connaître votre dossier il va vous demander de l'expliquer et pose beaucoup de questions sur la sécurité et l'hygiène. Ca s'est moyennement bien passé, je l'ai trouvé plus dur que le 1er » @beth_5
« Monsieur S. pose beaucoup de questions, c'est vrai, mais moi connaissant bien le point de vente, j'ai pu répondre à tout correctement sur l'hygiène et la sécurité, la gestion des commandes. Le dossier, on doit l'expliquer » Honorine_roy
Twitter permet ici un décloisonnement: l'adolescent sort de son auto-centrage pour apprendre à mutualiser ses savoirs et ses compétences. Ca permet un renforcement du groupe-classe : Twitter gomme les personnalités de chacun. Je vois des élèves qui ont à priori peu d'affinités en classe s'entraider via Twitter. C'est un constat qui pourrait peut-être aider lorsqu'on constate un groupe-classe hétérogène, hétérogénéité qui nuit souvent au travail de l'élève et de l'enseignant.
Twitter est agrégateur de savoirs: l'élève apporte des savoirs, en cherche de nouveaux, les enrichit, propose des pistes de réflexion. Il n'est dès lors plus consommateur du cours, du savoir mais interagit en les exploitant.
Journal de l'expérience : Exemple de séquence en classe intégrant l'usage de Twitter (6)
Support : « Seznec » pièce de R. Hossein (diffusée le 20 avril sur France 2) http://video-direct.france2.fr/seznec/
Objectifs :
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utiliser Twitter pour rendre l'élève acteur lors d'un visionnage
-
évaluer la capacité de l'élève à respecter des consignes précises
-
évaluer l'élève dans son utilisation de Twitter
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évaluer l'élève sur les pré-acquis de l'argumentation
-
appréhender la future séquence sur le théâtre
Déroulement:
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visionnage via vidéo-projecteur de la pièce de théâtre
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2 élèves en binôme = 14 comptes twitter
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chaque binôme est connecté sur un compte Twitter
Consignes:
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Le binôme regarde la pièce de théâtre et tweete en simultané #coupable ou #innocent : en donnant obligatoirement un argument appuyant sa thèse qui peut évoluer au fur et à mesure de la pièce. 3 arguments obligatoires sur la durée de la pièce
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Le binôme doit lire les tweets des autres élèves et ne pas être redondant
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S'il approuve l'argument donné par un élève, il tweete « j'approuve l'argument de @... »
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S'il le désapprouve, il peut tweeter un contre-argument en s'adressant directement au binôme par un @...
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Pour suivre la pièce et le live-tweet, le binôme doit modérer son flux de tweets
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Hashtag obligatoire pour tous les tweets #sez
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hashtag obligatoire #innoncent ou #coupable pour chaque argument donné
Evaluation
Je reprendrai après le visionnage le live-tweet pour évaluer chaque binôme:
L'évaluation portera:
-
sur la pertinence des arguments
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la syntaxe, l'orthographe (abréviations classiques autorisée, pas de langage sms)
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le respect des codes de communication Twitter (@... # etc)
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l'interactivité que le binôme aura cherché à développer en réagissant aux tweets des autres binômes
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la non - redondance aux tweets des autres binômes
-
la modération de la fréquence des tweets pour ne pas saturer le débat
Twitter est vecteur de mutualisation de compétences et de savoirs de l'élève: ce qu'il apporte est lu, mutualisé à l'ensemble du groupe-classe. Sa production d'écrit n'est plus restreinte au seul « tube » vertical enseignant-élève. L'ensemble du réseau lit, interagit sur cette production. L'élève ne travaille plus uniquement pour lui, pour l'enseignant ou pour « la note » mais met ses savoirs et ses compétences au service du réseau dans lequel il s'inscrit. Il apprend que son écrit a une portée large puisque lu parfois même au delà du réseau propre à la classe. Il apprend aussi que son écrit peut avoir une valeur mais qui ne sera pas évaluée par une note. La production d'écrit de l'élève est de ce fait valorisée par le réseau étroit ou élargi.
Journal d'expérience : Interaction avec un réseau élargi (7) : échanges avec les étudiants Chinois FLE (Université de Lille1 ) et leur enseignant David Cordina ( enseignant et coresponsable des départements FLE de l'Université de Lille1 / CUEEP - Maison des langues - Ingénieur Pédagogique Multimédia
Objectifs :
-favoriser les échanges interculturels
-favoriser l'expression écrite (tant pour les FLE que pour les lycéens)
-favoriser l'usage de twitter
Bilan/ aspects positifs
- Convivialité
- Compétences linguistiques et échange de type A1/A2/B1 ( cadre européen de référence pour les langues) : communication en temps réel et en réelle situation de communication- en 3ème un élève français doit être de niveau A2 en LV1, en Terminale, niveau B2)
- Clavardage visible pour l'enseignant
- échanges enseignant/apprenants pour la compréhension orale
- dialogue interculturel
Aspects négatifs
- dispersion des messages, messages courts, difficultés de suivre : malgré le vidéo-projecteur...
- souci technique pour accéder à tous les messages
-
la langue et ses imperfections
Témoignage post expérience de David Cordina :
« Ce qui m'impressionne le plus, c'est la facilité du dispositif. Autrefois (il y a presque 4/5 ans), nous aurions dû monter un lourd projet européen. Maintenant en deux clics, c'est fait. C'est une des grandes forces de Twitter: favoriser des échanges de savoirs et de savoir-faires et de collaboration qui n'avaient pas eu lieu d'être. L'échange entre les étudiants chinois de l'université de Lille et des élèves d'un bac pro commerce de La Rochelle est exceptionnel en soi ! »
Twitter implique l'élève dans son apprentissage. Parce que le canal est atypique, l'élève ne se pose pas en situation classique d'apprenant. Il souhaite faire partie du réseau et surtout pas s'en sentir exclu. C'est le propre de l'adolescent mis au service de la pédagogie.
Twitter est vecteur d'apprentissage ou de consolidation d'apprentissage de règles pour l'élève: Règles d'expression et règles de communication. L'élève apprend qu'un réseau social peut être un espace de travail, de réflexion, une vitrine officielle de ses savoirs et compétences: Dès lors, le codage est nécessaire, obligatoire pour activer une communication efficace et performante. L'élève apprend que le réseau social n'est pas uniquement un espace dédié à la vie privée peu ou mal régi. Il se construit dès lors une mémoire numérique positive associée à son nom, son image et à ses compétences
Journal d'expérience : construire une mémoire numérique positive (8)
Ils sont finalement assez conscients de la traçabilité de l'Internet. Conscients oui mais peu réactifs pour autant. Ils ne cherchent pas à agir pour se créer une image positive et réfléchie. Ils agissent selon des codes propres à leur communauté adolescente et refusent d'agir en citoyens responsables. Mais ils sont preneurs ! Pas du tout réfractaires, au contraire. Je représente l'autorité qui impose, qui ordonne et ce qu'ils n'osent pas faire à cause de leurs codes, ils laissent l'enseignant « autoritaire »leur imposer. Ca les dédouane, ça les aide. Bien loin de leur imposer un usage, c'est bien les faire réfléchir et les faire agir sur leur identité numérique. C'est là encore les rendre acteur de leur citoyenneté
3.2. Twitter: support complémentaire ou central au cours
L'élève se connecte à son compte Twitter et utilise dès lors le média pour agir et interagir sur le cours. La brièveté du message produit ne remplace en rien la rédaction d'un texte construit et développé. Le tweet permet de transmettre une information courte, claire et rapide comme, par exemple, un complément d'information à un savoir déjà transmis (à l'écrit ou à l'oral). Il permet aussi de donner un lien vers un document plus fourni (lien vers une page web,vers un document word, etherpad...). L'élève travaille dès lors dans le silence mais de façon communautaire et mutualisée avec le groupe classe et l'enseignant.
L'enseignant se pose selon les besoins: en lecteur, observateur,modérateur, intervenant, contrôleur, acteur...
L'élève apprend à produire des messages pertinents tant dans la forme que dans le fond avec l'objectif d'être lu et relayé. Il apprend à modérer le flux de ses tweets pour que la time-line commune à la classe ne soit pas noyée sous un flot d'informations: produire modérément pour produire de façon efficace.
Twitter peut servir aussi de support à la prise de notes lorsque l'élève est posé en « spectateur » en cours: l'élève assiste à un exposé, à une conférence, une intervention d'un extérieur, regarde un documentaire vidéo etc. Dès lors qu'on le met dans cette situation, il se pose en spectateur, parfois en consommateur et quasiment jamais en acteur. IL n'intervient pas, ne pose pas de questions, ne réagit pas et au final retient peu de ce qu'il a vu ou entendu. Demander à l'élève une activité précise et balisée sur Twitter en parallèle de ce qu'il écoute ou regarde (un « live-tweet) l'oblige à se concentrer et à participer. L'élève n'est plus spectateur, consommateur mais bien acteur et totalement intégré à l'activité. L'interactivité est forte, les échanges accrus.
Journal d'expérience: Twitter intégré à la lecture d'un documentaire vidéo pour favoriser l'interactivité (9)
Le travail des élèves est communautaire : la production écrite de l'élève est valorisée, l'individualisme est rompu et la motivation de l'élève est favorisée:
- le travail est interactif
- l'enseignant peut individualiser via son ordinateur le suivi de chaque élève dans sa production
-L'enseignant n'agit pas sur les savoirs: c'est l'apprenant qui les apporte et les transmet aux autres élèves. L'enseignant conduit, rythme, redirige (si besoin) la séance permettant à l'élève d'être pleinement acteur du cours. Ce n'est plus le cours de l'enseignant mais celui d'un ensemble enseignant-apprenants
3.3 L'ouverture du territoire classe sur un territoire virtuel interactif
Le réseau insufflé sur le temps de cours se prolonge et s'étend en dehors du temps de classe.
Twitter devient moyen de communication pour l'enseignant comme pour l'apprenant, vecteur d'informations et de savoirs. Il offre à chacun des abonnés une tribune d'expression complémentaire au cours.
Le territoire classe s'ouvre, s'étend et brise pour un territoire devenu virtuel où tous les « acteurs classe » peuvent se retrouver. Chacun est libre de pouvoir prendre des informations, des savoirs , en apporter. Ce territoire virtuel régi par les mêmes règles que l'usage fait en classe devient pourtant un espace de liberté: j'y viens, je prends, j'apporte si je le souhaite.
Journal de l'expérience: un espace virtuel régi par des règles (10)
Twitter n'est pas un service de réponses obligatoires à l'élève: Je ne suis pas là pour répondre à toutes leurs attentes. Dans ce territoire virtuel, l'élève doit respecter les mêmes règles que celles que j'édicte en classe : autonomie, responsabilité, prise en charge, écoute. Je donne l'information, elle est écrite, il y a donc trace. A l'élève de relever la traçabilité de l'information et ainsi de la prendre.
Charte d'utilisation de Twitter dans un cadre pédagogique (11)
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En cours: j'utilise Twitter en cours selon les consignes énoncées par l'enseignant
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Au lycée: je peux utiliser Twitter sur un poste libre (vie scolaire, CDI ou cours d'un enseignant non tweeteur) si j'en ai fait la demande à l'adulte responsable et si l'usage est pédagogique.
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Sur le temps personnel hors lycée, j'utilise Twitter pour:
- diffuser ou échanger des savoirs, des compétences d'ordre pédagogique
- poser des questions et répondre à des questions d'ordre pédagogique ou sur des sujets relatifs à la classe et au lycée
- diffuser des informations de culture générale
-
Si je veux utiliser Twitter à des fins personnelles, je me crée un compte Twitter spécifique et indépendant de tout usage pédagogique.
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Une fois mon cursus scolaire achevé, l'usage de mon compte Twitter est totalement libre.
-
je lis tous les tweets de mes abonnements pour ne pas être répétitif et ne pas manquer une information importante
-
Si je veux communiquer de façon personnelle avec un tweeteur, j'utilise le service des Direct messages
-
Lorsque j'aborde un sujet de culture générale, j'insère un lien qui renvoie à un site: mon tweet s'en trouve enrichi
-
Lorsque j'ai une information, un savoir ou une compétence, je les mutualise en les tweetant ou retweetant
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je ne donne aucune information personnelle comme mon numéro de portable, mon adresse
-
je peux diffuser des photos d'autres personnes (élèves, enseignants, tuteurs..) à la seule condition qu'il ait été averti de cette diffusion et ait autorisé sa diffusion
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Je ne fais pas de diffamation : aucun propos injurieux, discriminant (sur des élèves, les enseignants, les tuteurs de stage par exemple)
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je respecte les codes de communication de Twitter (@.., RT..)
-
je proscris le langage SMS mais j'ai droit aux abréviations classiques (Exemple :pdt = pendant)
-
j'écris avec un niveau de langue courant
-
je fais attention à ma syntaxe, grammaire et orthographe
Twitter n'est pas un service de réponses obligatoires à l'élève: Je ne suis pas là pour répondre à toutes leurs attentes. Dans ce territoire virtuel, l'élève doit respecter les mêmes règles que celles que j'édicte en classe : autonomie, responsabilité, prise en charge, écoute. Je donne l'information, elle est écrite, il y a donc trace. A l'élève de relever la traçabilité de l'information et ainsi de la prendre.
Ce territoire devient espace collaboratif, mutualisant et inter-actif. Il désinhibe l'élève qui s'exprime ou trouve sa place difficilement dans l'espace classe traditionnel. L'élève comme l'enseignant est inséré dans un maillage serré aux flux intenses : ils ne sont pas au centre du réseau mais bien au cœur.
Les échanges y sont asynchrones: on pose un écrit sans garantie d'avoir une réponse, une lecture, une interaction immédiate. Ce territoire ne fige ni l'enseignant ni l'élève sur des créneaux horaires strictes. Ce n'est pas un temps de classe avec présence obligatoire de tous les acteurs. L'élève n'a pas toujours une connexion internet privée, l'usage d'un tel réseau social ne doit pas se transformer en fracture numérique. Le tweet laissé n'est pas une bouteille à la mer: il ne se perd pas, est posé, peut être lu à tout moment et toujours identifiable à la source. Cet usage hors temps de classe crée une dynamique de travail et d'investissement impliquant et motivant l'élève. Il peut se décliner sous diverses formes : soutien scolaire, préparation au cours, agrégateur de savoirs
Conclusion
L'usage d'un réseau social sur un temps
pédagogique élargit l'espace de l'apprenant et du professeur.
L'espace classe tel comme il est figé depuis plus un siècle devient
un espace ouvert. Le professeur n'est plus le seul pourvoyeur de
connaissances et de compétences. Le réseau met l'élève au centre de
ses apprentissages le rendant acteur, consommateur mais plus
uniquement spectateur. Il devient générateur, acteur de
mutualisation, de collaboration. L'interactivité est forte.
Cet usage demande une implication forte de l'enseignant qui se
trouve, tout comme l'élève, très impliqué dans cette mutualisation
et cette collaboration.
Cet usage demande aussi un matériel informatique basique, certes, mais existant : dans l'environnement classe de l'apprenant comme dans l'environnement privé de l'apprenant ET de l'enseignant. Si ces conditions ne sont pas réunies, la fracture numérique peut être renforcée et l'usage devient de fait improductif.
Webographie
Journal d'une première année d'expérimentation de Twitter en classe : http://frompennylane.blogspace.fr/
Journal de la deuxième année d'expérimentation: http://maonziemeannee.wordpress.com/
1 http://maonziemeannee.wordpress.com/2010/09/14/petit-manuel-dutilisation-simple-de-twitter/
2 In http://maonziemeannee.wordpress.com/2010/09/09/pourquoi-twitter-et-pas-facebook/
3 In http://frompennylane.blogspace.fr/2176129/La-coupe-du-monde-les-revisions-du-bac-et-Twitter/
7 http://frompennylane.blogspace.fr/1995962/Twitter-en-classe-echanges-avec-des-etudiants-chinois-FLE/
8 http://maonziemeannee.wordpress.com/2010/09/06/creer-un-profil-identitaire-valorisant-sur-twitter-et-utiliser-un-serious-game/
10 http://frompennylane.blogspace.fr/2114176/Twitter-pour-favoriser-l-interactivite-et-pour-evaluer-l-eleve/
11 http://maonziemeannee.wordpress.com/2010/09/14/charte-dutilisation-de-twitter-en-classe/
Jordan Classic 
lun 29 aoû 2011 08:06