C'était mardi , jour des résultats du bac pro.
La veille, beaucoup s'étaient retrouvés sur ce territoire virtuel qu'est Twitter pour épancher leur stress, poser quelques questions, donner des nouvelles de leurs orientations ou tout simplement dire bonjour.
Nous avons eu l'immense satisfaction de constater pour cette classe (de 28 élèves) 100% de réussite avec 18 mentions et des mentions européennes
J'ai parlé tout au long de ce blog de compétences, de savoirs, de travail. Il y avait derrière tout ça des élèves.
Elèves qui sont arrivés au lycée professionnel il y a 4 ans ou même 5: 3ème techno, Bep, Bac pro. Nous les avons récupéré cassés, noyés dans un système scolaire qui ne voulait plus d'eux, auquel ils n'avaient pas su, pas voulu s'adapter.
"Tu n'es pas bon, tu iras en lycée pro". Combien de nos élèves ont entendu cette phrase un jour? Ils sont tous arrivés honteux de finir ici, tous pressés d'en finir vraiment: ils voulaient rapidement avoir un BEP pour fuir cette machine infernale et humiliante.
Quatre ans plus tard, ils étaient fiers mardi de dire qu'ils sont bacheliers, qu'ils poursuivront pour certains des études supérieures ou qu'ils sont recrutés en CDI par les entreprises qui les avaient en stage.
Avec ces élèves que "plus personne ne voulait", nous sommes partis à Londres et en Normandie sur une étude de la seconde guerre mondiale. Nous sommes repartis deux ans plus tard à Liverpool sur les traces des Beatles et de la révolution industrielle. Je leur ai fait chanter du Eicher, Aznavour, du JL Aubert et "Penny lane" est devenu notre hymne. Nous sommes allés souvent au cinéma avec le processus "lycéens et cinéma" voir . Nous avons crée deux expos : "sociétés d'avant et de maintenant" et "haïku tatoo". Nous sommes allés à la plage, à la piscine, au théatre. Nous avons traversé la tempête Xynthia et leurs tempêtes personnelles souvent aussi douloureuses. Ils ont participé au printemps des Poètes, débattu sur de grandes questions de société, critiqué l'économie chinoise, découvert Mandela ou Seznec, lu Fottorino, se sont révoltés en voyant "Welcome" sur la condition des immigrés à Calais. ILs ont participé aux concours "faites la Une" et "creation d'un poème"...
Et puis il y a eu "twitter en classe". Un projet que je leur ai présenté, imposé en septembre et qui est devenu leur identité de classe: La "classe tweeteuse". Ils ont répondu aux journalistes du Monde, du Parisien, aux caméras de France 2, de LCI, venues tourner dans la classe, se sont exprimés aux micros de France Bleu, d'NRJ, se verront ce soir sur Canal + ...
Ils se sont montrés motivés par tout ce qu'on leur a présenté, autonomes, réfléchis, innovants. Ils se sont fait reprendre, recadrés en classe, en conseils, en sorties, en voyages. Parce que ce sont des adolescents et nous les enseignants, parce que nous n'avons transigé avec les règles et nos exigences.
Le lycée professionnel, ses formations, ses élèves et ses enseignants sont très souvent dévalorisés. J'espère à travers cette expérience avoir montré que l'image d'Épinal est à casser.
Et comme ils me l'ont dit en riant : "si nous n'avions pas adhéré à Twitter, votre expérience serait tombée à l'eau". C'est ce qu'on nomme du travail collaboratif !
Dans un prochain post, je ferai un bilan de l'expérience.


froid
mar 05 oct 2010 12:41