On m'a demandé plusieurs fois quels pouvaient être les freins à une telle expérimentation. C'est vrai que j'en parle rarement ici, non pas pour occulter ce qui pourrait être négatif mais parce que j'essaie de positiver chaque aspect de l'expérience.
1. L'accès
personnel de l'élève à Internet m'avait semblé, en début d'expérimentation, être un des plus
gros freins à son développement.
En début d'année scolaire, six élèves n'avaient aucun moyen d'accès personnel à Internet. En cette fin d'année, seulement un élève n'a toujours pas d'accès personnel. Les élèves sont de plus en plus équipés en particulier en smartphones (i-phones ou blackberrys).
Ce que j'imaginais être un frein n'en a pas été un. J'ai pu constaté que ce ne sont pas les élèves les plus équipés qui tweetent le plus. J'avais imaginé l'adepte de l'i-phone tweetant sans cesse et c'est finalement le contraire. C'est l'élève qui a peu ou pas un accès personnel à Internet qui consulte le plus souvent: il a le souci de rester « connecté». Il passe sur Twitter au CDI, à la vie scolaire, en cours dès qu'il a accès à un ordinateur.
Ce frein n'existe pas: c'est l'élève qui décide de son assiduité à Twitter hors temps de classe. Ce n'est ni moi, ni son équipement mais bien lui: l'élève reste au coeur du système.
Ils ont expliqué ça aux deux journalistes qui sont venus les interviewer (l'occasion pour moi de les écouter donner leur avis) : « hors temps de classe », on sait qu'on a accès à des informations: on prend si on veut».
Frein 2) La non adhésion de certains élèves à Twitter ou plus généralement à Internet : J'ai rapidement compris qu'il fallait attiser le « feu », qu'ils n'adhéreraient pas tous à Twitter aussitôt. En classe: ils n'ont pas le choix mais hors classe, je ne peux les obliger en rien. Et je voulais que ça vienne d'eux par choix et non par contrainte. Il a fallu pendant plusieurs mois (de septembre à décembre environ) les inciter à tweeter, les attirer par des valeurs sûres comme tweeter leurs notes ou le conseil de classe (qui pointent sur eux particulièrement) et en leur demandant des échanges obligatoires (comme lors de leur période de stage en décembre).
Le réseau est aujourd'hui établi en flux plus ou moins tendu, de l'élève qui tweete quasiment tous les jours à celui qui lit sans forcément tweeter. Là encore, l'élève décide de son usage de Twitter...mais n'a plus l'excuse du « je n'étais pas au courant ». Je pose des usages, il prend l'information s'il le désire mais doit assumer ses choix.
Frein 3) L'accès au matériel et à la connexion pour tweeter au lycée est plus ardue: j'enseigne dans un lycée fort bien doté en matériel informatique. Mais je n'ai pas une salle de classe définie: je tourne sur plusieurs salles qui ne sont pas toutes dotées en ordinateur et qui n'ont pas toutes assez de postes pour que chaque élève puisse avoir un poste. Il faut donc que j'adapte mes cours et mon usage pédagogique de Twitter à cet accès au matériel. Ajoutons à ça une connexion internet aléatoire qui nous freine très souvent dans l'usage. Ces pertes de temps chroniques et la recherche de salle, de matériel correctement installé sont de vrais freins à l'usage de Twitter en classe et plus généralement à l'usage des TICE. Parce que je veux vraiment l'utiliser, je déploie beaucoup d'énergie à réussir à utiliser Twitter en classe. Pour bon nombre de collègues, l'usage des TICE est trop souvent synonyme de ces problèmes techniques et matériels. Imaginer une séance centrée sur les TICE sans savoir si on aura accès à une salle équipée, si elle sera correctement installée et si le réseau sera accessible est un frein très fort à la démocratisation des TICE dans l'éducation.
Comme 6 de mes élèves sont équipés de smartphones, je les autorise à tweeter via ce support en classe. L'usage de tout téléphone portable pour les élèves est pourtant strictement interdit mais je déroge à ce point du règlement intérieur: C'est un moyen d'éduquer là encore l'élève en lui montrant que l'usage des téléphones n'est interdit que parce qu'il y a dérive. Si l'élève respecte la règle posée (: ne l'utiliser que pour tweeter), il a droit de s'en servir en classe.
C'est aussi un moyen pour moi de pallier à une
connexion trop lente, un manque de postes informatiques accessibles
etc. Je pallie à ce même manque pour mon usage avec mon ordinateur
personnel et mon accès internet avec une clef 3G que j'apporte en
classe.
Mais l'élève, l'enseignant
doivent-ils s'équiper personnellement pour démocratiser l'usage des
TICE dans la structure éducative?
Miguel Ángel Pe&n
sam 11 sep 2010 22:59