Accueil Date de création : 28/08/09 Dernière mise à jour : 29/11/11 14:01 / 80 articles publiés

La coupe du monde, les révisions du bac...et Twitter !  posté le jeudi 17 juin 2010 22:13

 Un journaliste me demandait cet après midi si j'incitais mes élèves à regarder ou non les matchs de la coupe du monde en ces derniers jours de révision de bac [pas d'épreuve de philo en bac pro].

Non seulement je pense qu'un match de foot ne nuira pas à leur possible réussite au bac, mais, en plus, j'ai incité les fans de foot à regarder le match France-Mexique ce soir en le live-tweetant.


Le « live-tweet » est une pratique courante et appréciée sur Twitter: lors de la retransmission d'un évènement sportif, d'un divertissement, d'un reportage ou toute autre émission, ceux qui la regardent, tweetent des commentaires. L'intérêt est de partager, de mettre en commun avis, remarques avec pertinence et le plus souvent humour. L'intérêt est aussi pour celui qui ne peut pas suivre l'évènement d' avoir, par le fil des tweets, une idée précise de l'évènement.

 

Voilà plusieurs matchs, bien avant la coupe du monde, que mes élèves live-tweetent. Ils sont 5 ou 6 (garçons ET fille!) ces soirs là à écrire leurs commentaires. Ils cherchent, définissent le hashtag de rigueur et se lancent pour 90 mn de tweets.

 

Au delà de ce qu'ils estiment être un divertissement devant un match de foot (et ça l'est aussi), j'y vois:

  • multiples micro-productions d'écrits hors temps de classe

  • une attention constante à l'orthographe, la syntaxe, le niveau de langue (même pour un match de foot!)

  • une prise de notes active: l'élève ne se pose pas en consommateur d'images

  • une mutualisation, un partage d'informations entre élèves qui regardent le même évènement

  • un exercice « journalistique » que les autres élèves peuvent lire sans regarder pour autant le match

  • Une mise en valeur de leurs écrits que je retweete régulièrement aux 270 abonnés de @laderniereannee

  • une prise de parole pour certains élèves timides qui n'interviennent jamais à l'oral en classe

 

Alors un match de foot sur les heures de révisions de bac? Oui ! Il suffit de trouver la bonne entrée !

 

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twitter : un territoire virtuel avec un réglement intérieur  posté le lundi 14 juin 2010 22:19

 

La classe tweeteuse s'approche à grands pas des épreuves du bac. Ces deux dernières semaines avant le Jour J ont vu l'emploi du temps habituel modifié. Le lien principal de communication entre eux et nous (enseignants tweeteurs) et eux (élèves) se fixe par Twitter, ce territoire virtuel où ils savent pouvoir trouver informations et en demander.
J'ai donné ces derniers temps par tweets (et à l'oral quand on était en cours) l'emploi du temps modifié de la classe.
Hier une élève (qui tweete rarement) m'a envoyé un direct message pour savoir quels cours ils auraient aujourd'hui. Je lui ai répondu qu'elle n'avait, pour avoir l'info, qu'à remonter la Time Line, soit tweeter à l'ensemble du réseau classe et non en DM sa question et qu'il y aurait bien quelqu'un pour lui répondre.
Elle m'a reproché aujourd'hui de vive voix et devant la classe ma réponse estimant que je ne l'avais pas aidé alors que "Twitter ça sert à ça non?"

J'ai recadré sa critique:

- Le territoire virtuel crée par Twitter distille informations d'ordre pédagogique, d'incitation à la culture générale et à des informations d'ordre pratique sur la vie de classe. Les informations restent disponibles sans délai de prescription.

- Je réponds aux questions des élèves mais sans immédiateté obligatoire : le tweet est posé et attendra la réponse quand le questionné sera disponible pour y répondre (s'engageant tout de même à y répondre).

-Twitter n'est pas un service de réponses obligatoires à l'élève: Je ne suis pas là pour répondre à toutes leurs attentes. Dans ce territoire virtuel, l'élève doit respecter les mêmes règles que celles que j'édicte en classe : autonomie, responsabilité, prise en charge, écoute. Je donne l'information, elle est écrite, il y a donc trace. A l'élève de relever la traçabilité de l'information et ainsi de la prendre.

- Twitter est un espace communautaire, un réseau: le direct message n'a lieu d'être que pour des communications précises qui ne concernent pas la classe publiquement. Rechercher une information doit être posé en tweet : si je me suis refusée à répondre à sa question, un autre élève aurait pu le faire. La démarche aurait été là toute autre: échange d'information horizontale, entraide et communication entre élèves qui n'échangent pas forcément à l'oral entre eux. L'intérêt est là de renforcer le groupe-classe et décloisonner.

La majorité des élèves de la classe qui a l'habitude de tweeter depuis le début de l'expérience n'a pas été surprise de mon discours. Cette majorité lit les liens que je pose à chaque tweet comme agrégateurs de savoirs et de préparation au bac. Cette majorité pose des questions, me sollicite, n'a pas toujours besoin de moi pour trouver une information et connaît les règles qui régissent ce territoire.
Ce sont les élèves qui se sont très peu investis dans cette expérimentation (environ 5 sur 28) qui en ces derniers jours d'avant bac sont revendicateurs. Si Twitter n'était pas un obligation, c'était leur choix. Ils pouvaient user de cet outil supplémentaire. Je respecte leur choix...mais aujourd'hui ils doivent respecter le règlement intérieur à l'espace.

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Construire sa mémoire numérique  posté le lundi 07 juin 2010 22:29

Construire son identité numérique a été une des voies tracées par l'expérience « twitter en classe ». J'ai souvent abordé ici le facteur identitaire que Twitter avait permis de consolider pour ce groupe. Facteur largement amplifié avec la couverture médiatique importante que nous avons connue ces dernières semaines. ("la classe tweeteuse").

Cette expérience a aussi permis à l'élève de construire son identité et donc sa mémoire numérique. Je leur ai laissé le choix du pseudo, le choix de l'avatar et une liberté d'expression et une liberté de fréquence d'expression à la seule condition que ces choix respectent la charte élaborée.

 

J'ai plusieurs fois entendu cette critique: j'amplifie, par cet usage, les traces qu'ils laisseront d'eux sur Internet : leur nom, leurs images, leurs écrits. « ils n'avaient pas besoin de ça, ils avaient déjà leur blog, leur Facebook, les forums...etc ». Alors pourquoi les inciter à plus?

 

C'est certain: l'usage de Twitter est agrégateur de mémoire numérique et c'est certain, j'ai permis l'amplification de cette mémoire par cet usage.
A la différence d''un blog de classe, il s'agit de l'élève dans son individualité. L'élève toujours placé dans l'espace scolaire et extra scolaire du groupe classe mais individualisé dans sa pratique du numérique. C'est en son nom/ en son pseudo/en son avatar qu'il tweete et la mémoire numérique ainsi s'amplifie.

 

Avec l'usage de Twitter, les élèves se sont construits pour la première fois une mémoire numérique d'élève et de futur professionnel. Sur leurs CV pour leurs recherches d'emploi ou pour le recrutement en BTS alternance, ils ont noté leur compte Twitter dans leurs coordonnées. Ainsi le futur employeur ou recruteur peut consulter le compte Twitter de l'élève. Que pourra t-il y lire?

  • des échanges, des informations, des recherches autour de questions de cours ou de culture générale

  • une implication de l'élève qui s'informe, qui questionne, qui répond

  • une expression écrite concise, un langage courant compréhensible dans le respect des règles de communication basiques (exit fautes d'orthographe, langage sms...)

  • Un pseudo et un avatar personnalisés mais reflétant une image respectable

  • Une maîtrise expérimentée d'un réseau social qui se distingue de Facebook

 

La mémoire numérique existe et a été amplifié du fait de l'usage de Twitter en classe. Mais pour la première fois dans son parcours de digital native, l'adolescent s'est construit une mémoire réfléchie, censée qu'il peut vanter, mettre en avant comme un atout pour son avenir de futur adulte responsable.

 

Aujourd'hui avait lieu leur conseil de classe du 2nd semestre et leur bilan pré-bac. J'ai intégré, comme ma collègue de maths sciences (qui tweete aussi avec eux) la compétence « twitter » dans l'évaluation de chaque élève. L'élève qui tweete régulièrement des informations, des questions en dehors du temps de classe, montre son implication, sa volonté de progresser, son intérêt à s'intégrer dans le groupe classe, à mutualiser savoirs et compétences.

L'élève s'est crée une mémoire numérique, mémoire que nous pouvons consulter et qui fait partie de son parcours élève.

 

La trace restera pour chacun des élèves. A l'heure où le droit à l'oubli numérique est une question de débat majeur, la trace que les élèves tweeteurs laissent sur la toile est une trace positive qui ne pourra que leur servir dans leur avenir en construction.

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Complément : au post précédent  posté le vendredi 28 mai 2010 09:22

Pour répondre au commentaire dans le billet précédent :

Je parle d'évaluation implicite et informelle dans le sens où l'élève n'est pas évalué comme il entend (et comme l'institution) être évalué.

L'évaluation est pourtant réelle: Sur leurs bulletins semestriels, livret scolaire et dossiers de poursuite d'études, les compétences que j'évalue par ce biais sont clairement énoncées : motivation, implication de l'élève, capacité d'analyse, de productions orale et écrite etc. Sur ces documents, il y a la moyenne de l'élève mais ce commentaire jouxtant est pris de plus en plus en compte. La tendance est de prendre de moins en moins en compte la moyenne et de plus en plus le commentaire qui permet une réelle estimation des compétences et savoirs de l'élève.

Twitter est un outil qui est un bon indicateur des compétences que je tends à évaluer. [Je stipule bien: un des outils et non pas le seul]
L'élève est motivé, séduit par l'outil novateur: à lui de se l'approprier non pas comme un jeu mais bien comme un outil intégré à son apprentissage.

 

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Twitter en classe: évaluer par compétences  posté le jeudi 27 mai 2010 10:37

Les élèves tweeteurs passent aujourd'hui leurs oraux de langue pour le bac. Pas tous: parce que c'est une option facultative et parce qu'ils sont pour certains en classe européenne. Ceux qui ne passent pas ces oraux seront en cours avec moi cet après midi. Nous commençons une période pré-bac qui va être hachée: entre leurs convocations, la préparation de leurs orientations post-bac etc.

Au lieu de 28 élèves cet après midi, je ne devrais en avoir qu'une dizaine et pourtant je vais faire cours « normal ». Chacun des absents, s'il le souhaite, pourra se connecter au cours à postériori grâce à Twitter. Je vais demander aux élèves présents de prendre des notes sur Twitter, de mutualiser leur apprentissage. Les consignes seront clairement établies: il ne s'agit pas de restituer un cours sur des messages courts. Twitter en classe, je le répète souvent, ce n'est pas faire cours en 140 caractères, c'est donner des pistes de réflexion, inciter à chercher plus, à découvrir. C'est aussi garder une trace, prendre des notes. Ils devront écouter, travailler, estimer les informations qu'ils jugeront essentielles et laisser des traces de ces informations sur Twitter. C'est un vrai travail d'analyse que je leur demande. Une nouvelle fois, ne pas laisser l'élève consommateur et le poser en acteur responsable de sa propre formation. C'est aussi l'apprendre à partager ses connaissances.

Je rejoins ici mon cours d'éducation civique : mettre l'élève au cœur de la société et le responsabiliser, rompre ses individualismes pour partager.

Twitter, par cette pratique, m'a permis de rompre le lien infernal que l'élève entretient avec la « sacro-sainte » note. L'élève qui tweete a appris à le faire pour échanger des savoirs, des compétences, des questions avec toute la classe et avec l'enseignant. Il ne tweete pas pour être évalué, n'attend pas la note, le « bon point ». J'évalue sa faculté à chercher des informations, à les analyser, à les retranscrire. J'évalue aussi sa motivation, son implication, sa faculté à lire l'autre et le prendre en compte, à respecter les consignes.

Mais cette évaluation est implicite. L'élève ne la perçoit pas et ne la cherche pas. On entre ainsi dans un autre rapport à l'apprentissage scolaire: l'élève, parce que les outils sont diversifiés, rompt avec le rapport de force établi depuis le collège (ou même l'élémentaire) : lui face l'enseignant avec la note comme seul système d'évaluation.

 

[n'en reste pas moins que je continue aussi à évaluer mes élèves de façon classique sur feuille et avec une note !]

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