Un de mes élèves m'a dit vendredi : « j'ai lu que Twitter allait finir par dépasser Facebook! ». Il semblait si étonné par cette lecture qui leur semble encore invraisemblable. Le sacro-saint Facebook est pour eux le réseau social du net par excellence.
Oui mais si c'était vrai? Si j'étais entrain de les initier à l'outil « tendance » du futur? J'ai tourné ça à l'ironie « ainsi vous vous souviendrez de moi comme une visionnaire! ».
Je n'ai pas cette prétention. Je ne sais pas ce que Twitter deviendra. Si je m'en servirai avec une autre classe, si je poursuivrai cette expérience à la rentrée prochaine, si Twitter prendra réellement de l'ampleur ...etc. Ce qui m'intéresse c'est l'impact qu'il a au jour le jour et sur le temps long de l'année scolaire sur la classe et peut-être sur l'équipe pédagogique.
Twitter est comme tous les outils utilisés en classe au delà d'une pédagogie dite classique. Le schéma classique c'est le tableau noir, la craie, un cahier, un manuel scolaire, un enseignant et face à lui des élèves. Je pense que le plus « geek » de tous les enseignants use et usera encore longtemps de tous ces indispensables. Le tableau noir est remplacé par le TBI ou le vidéoprojecteur certes mais le visuel sur un tableau est toujours nécessaire. Le cahier a la forme d'un netbook, le manuel est une page d'un wiki. Mais nous retrouvons toujours la base de ce qu'est un cours.
Au delà de ces fondamentaux essentiels à un cours, tout ce qui est ajouté peut sembler inutile. Et je ne pense pas uniquement à l'usage des TICE. Mon établissement est un lycée professionnel avec une forte tradition de projets. Il y a cette dynamique qui surprend, déroute la direction lorsqu'elle se renouvelle mais plaît par la richesse qu'il s'en dégage. Enseignants de matières professionnelles comme enseignants de matières générales travaillent sur des projets qui s'inscrivent dans le projet d'établissement et qui sont très variés, très riches. Voyages pédagogiques, EDD, création de blog, expositions, échanges européens, stages à l'étranger, groupes de compétences, participation à des concours, événementiels...etc. On sort facilement du cours classique tableau-cahier-manuel et on y revient aussi facilement ! Je prépare une séquence d'histoire avec ma classe tweeteuse où je n'utilise qu'un manuel scolaire et des photocopies.
L'usage des TICE, et finalement l'usage de toute innovation pédagogique, de toute sortie du cadre classique du cours sont sans cesse décriés. Parce qu'on sort de ce cadre, aussitôt le système d'alarme semble s'actionner. Mon expérience a été relayée dans le blog « la génération Y » de Julien Pouget [http://lagenerationy.com/2009/11/06/twitter-en-classe/]. Un internaute a mis ce commentaire « et ils ne peuvent pas tout simplement levé la main pour poser une question? » . Utiliser Twitter supposerait donc que je coupe de toute pédagogie classique fondamentale. User de tout nouvel outil pédagogique, actionner tout projet suscite nombre de réticences. Lors de notre voyage scolaire à Liverpool l'année passée avec la classe tweeteuse, nous avons visité une ancienne filature qui montrait l'évolution des machines tout au long de l'industrialisation. Un des élèves a dit « on voit concrètement ce que vous nous avez expliqué en cours ». J'ai entendu dans sa remarque une des finalités de ce voyage: nous lui avons apporté un Plus, un complément à un cours classique où les acquis fondamentaux avaient été distribués.
Twitter n'est pas indispensable à mon cours. L'indispensable est dans ma transmission de savoirs quel qu'en soient les moyens. Qu'on ne me donne qu'un tableau, un cahier et un stylo et je transmettrai toujours ces savoirs.