Education aux médias: former et accepter de se laisser former...par les élèves.
Utiliser Twitter en classe est pratique et facile puisque ne suppose aucune contrainte financière. La seule contrainte est l'accès à des ordinateurs en classe. Je ne dispose pas d'une seule salle de classe et elles ne sont pas toutes équipées mais le CDI nous fournit l'outil en quasi « libre service »: les élèves gèrent cette autonomie d' A/R entre salle de classe et CDI pour tweeter.
Twitter permet aussi une utilisation du diabolique-diabolisé iphone: j'autorise les élèves qui en possèdent à tweeter directement avec lorsque les postes informatiques sont en nombre trop restreint ou quand le réseau plante (malheureusement souvent).
Bloquer n'est pas jouer?
Cet usage de Twitter et de l'iphone est loin de faire l'unanimité parmi mes collègues mais c'est finalement le reflet de ce qu'on constate aujourd'hui: Facebook, Dailymotion, par les dérives constatées, ont été bloqués au lycée. Il y a menace sur les téléphones portables. Twitter pourrait l'être de la même façon mais je jouis encore d'une méconnaissance quasi-totale de l'outil. C'est la grande qualité de Twitter: il ne touche pas (encore?) à la sphère privée des élèves (il n'en avait pas vocation à l'origine d'ailleurs pour quiconque): nous restons dans un cadre strictement pédagogique.
Mon proviseur m'a assuré que Twitter ne serait pas bloqué au lycée puisque j'en fais un usage pédagogique, concerté et maîtrisé.
Bloquer tout accès à ces médias ou outils de communication me paraît finalement plus dangereux que de les autoriser. Le débat que nous avons eu à la suite du visionnage du documentaire d'Envoyé spécial (voir post précédent) me l'a prouvé: les élèves utilisent avec des dérives souvent Facebook, messagerie, téléphone portable et de façon générale Internet. Mais ils en sont conscients. Ils m'ont même dit qu'ils étaient très réticents à ce que leurs petits frères, cousins utilisent Msn, Facebook etc tant ils en connaissent les dérives possibles ! Finalement les plus réacs lors de ce débat n'ont pas été les enseignants!
Toute génération adolescente a vu ses pratiques identitaires
diabolisées. Ce que l'éducation nationale n'a jamais su faire c'est
les intégrer sur l'instant T. Difficile avec Internet quand nos
élèves sont le plus souvent mieux formés et informés que leurs
parents et leurs enseignants. Avoir 18 ans en 2010, c'est être né
avec ces technologies informatiques quand certains de leurs profs
fustigent le cahier de texte électronique ou ne savent pas se
servir d'un vidéoprojecteur. J'ai expliqué à mes élèves suite à ce
débat que ce sont
EUX les éducateurs de l'internet. Qu'ils ne peuvent
compter sur certains parents, certains enseignants mais en nombre
restreint. Leur donner cette responsabilité me semble essentielle.
C'est aussi un moyen pour valoriser leurs savoirs et leurs
savoir-faires. C'est primordial en lycée professionnel: tu ne
sais pas conjuguer au passé simple mais tu sais coudre une robe en
soie. Valoriser leurs savoirs et
savoir-faires de l'outil informatique est là une formidable
opportunité. Au lieu de bloquer Facebook, l'iphone,
dailymotion et peut-être un jour Twitter, pourquoi ne pas leur
apprendre à l'utiliser?
Concrètement: j'ai un élève qui a un iphone, je n'en ai pas. Je
souhaite en acheter un, il m'a montré les applications possibles.
Je sais que si je le souhaite, il m'apprendra à l'utiliser =
je le mets en situation
de formateur. En échange, je pose le cadre: j'autorise
l'iphone en cours pour tweeter uniquement. Il n'a pas le droit de
l'utiliser pour tweeter sans mon autorisation et n'en use pas
lorsqu'un ordinateur est disponible. Ca suppose un pacte de
confiance entre nous.
Certains diront que c'est mettre l'enseignant en « danger » , je dirais plutôt en situation d'apprenant. C'est un échange de savoirs et de savoir-faires.
C'est un des principes même de Twitter. « ce que je sais, je le partage, ce que je ne sais pas, je le demande » (@loichay) que j'essaie d'appliquer à ma classe.
hotake
mar 12 jan 2010 18:42